Remords et culpabilité

Qu’est-ce que le remords ? D’abord, une souffrance. Je pense avoir mal agi et, me retournant vers le passé, je souffre de cet acte, que je voudrais ne pas avoir commis.
Mais ce sentiment n’est-il pas vain ? Après tout, cet acte, je l’ai commis !

 

Que peut changer mon remords ? Désirer que ma faute n’ait pas été n’ajoute rien à ma résolution de ne jamais la reproduire. N’est-il pas préférable d’accepter le passé et ses conséquences ?

 

Pourtant, cette expérience a peut-être quelque chose à nous enseigner. Car dans le remords, je me parle ainsi : “C’est moi qui ai fait ça ? Non ! Je n’ai pas pu faire une chose pareille ! Je ne suis pas cela !” Et si je souffre, c’est que cet acte, dont le souvenir me hante, je sens bien qu’il ne m’exprime pas, qu’il n’exprime pas l’être que je suis.

 

Le remords, c’est souffrir d’avoir été ce que l’on n’est pas. C’est pourquoi il y a aussi une douceur du remords : souffrance, certes, d’avoir fait ce que je ne suis pas ; mais, plus profondément, joie de n’être pas ce que j’ai fait.

 

Je ne me réduis pas à ma faute, je suis autre que ma faute : tel est l’enseignement du remords qui, s’il est bien vécu, est une expérience de connaissance de soi, la joie d’une retrouvaille avec soi-même. Mais s’il est mal vécu, le remords peut vite dégénérer en son sinistre contraire, la culpabilité.

 

Car à trop ressasser la faute, à trop souffrir du passé, je peux en oublier ce qui est à la fois la cause et le sens de cette souffrance : l’écart entre ce que j’ai été, une fois, et qui je suis, au plus profond de moi. Tandis que le remords me rappelle que je ne suis pas ce que j’ai fait, la culpabilité, qui sait seulement me dire que je suis coupable, me laisse croire que je suis ma faute. Le remords bien vécu me ramène à moi-même et me libère de la faute ; la culpabilité m’attache à elle.

 

La souffrance de ce que je fus ne mène plus à la joie du “je suis”, qu’elle a pour tâche de signifier, mais au contraire la masque. Identifié à ma faute, je ne suis plus conscient de mon être vrai. La seule manière d’échapper à ce désastre est alors de développer des stratégies de déni qui portent sur l’acte lui-même :

 

“Ce n’est pas de ma faute”. Non seulement une telle volonté d’auto-justification rend impossible l’expérience féconde du remords, mais elle produit également un sentiment d’impuissance : “Je n’y suis pour rien, je n’y peux rien…” Séparé de mon être, coupé de ma puissance, oscillant entre la morsure de la culpabilité et les mensonges de la justification, je suis alors totalement aliéné.

À l’heure où l’on entend chanter les vertus d’un retour de la culpabilité comme remède à la violence et aux désordres sociaux, il convient d’être précis : le sentiment d’être coupable est un déni de soi-même, une violence contre soi et un asservissement

Remords et culpabilité Denis Marquet | CLES.

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